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du  Dr Etienne
Schepkens

Trichomonose et résistance aux traitements 

                               Traitements répétés ou mal appliqués ...

 
 

Coin du VETO : septembre 2008
(BN n°130)


Dr Vétérinaire Etienne Schepkens de Bruay la Buissière (62700)

   Je vais déroger à mes habitudes de vous offrir des articles " de saison ".
Je vous ai déjà écrit quelques articles sur la mue et il m'a paru important de vous reparler de la trichomonose au vu des constatations de cette année dans ma clientèle.
En effet, par rapport aux autres années, j'ai rencontré cette saison beaucoup plus de trichomonas résistants aux traitements.
 La trichomonose du pigeon est due à un parasite flagellé, trichomonas columbae, peu résistant dans le milieu extérieur. 
La transmission de la maladie se fait lors du gavage des pigeonneaux par le lait de jabot et par l'eau de boisson, les trichomonas pouvant survivre plusieurs heures dans les abreuvoirs.
 Les symptômes se rencontrent presque essentiellement chez les jeunes et se traduisent par des lésions caséeuses jaunâtres au niveau de la bouche, du palais, du pharynx, de la base de la langue . On peut aussi voir des abcès au niveau de l'œsophage, du jabot, du foie, de la base du cœur provoquant un abattement important.
80 % des adultes sont porteurs asymptomatiques, les autres présentent une baisse de forme, une gorge enflammée et glaireuse, certains digèrent mal, boivent beaucoup ou présentent des fientes liquides .
 Depuis déjà quelques années, tout ceci est en train de changer, je constate de plus en plus de lésions cliniques chez des pigeons plus âgés ( 1 à 3 ans ) et même chez des vieux.
Une résistance aux traitements est constatée dans certains cas ceci nécessitant l'emploi de dosages de plus en plus élevés.

 

Quelle est la cause de la résistance des trichomonas aux traitements ?


Influence des souches de trichomonas rencontrées, de la fréquence et de la durée des traitements.
Les analyses microscopiques de frottis de gorge réalisées en consultation m'ont permis de constater que les pigeons qui présentaient des lésions avaient fréquemment une population de trichomonas différente de ceux qui étaient porteurs sans symptôme ; les trichomonas présents chez les pigeons malades sont beaucoup plus fins et beaucoup plus mobiles.
Il s'est donc avéré nécessaire dans la recherche des trichomonas non seulement de révéler leur présence et leur nombre mais aussi leur forme et leur mobilité.
 Dans un article écrit il y a déjà 10 ans dans les Annales de Médecine Vétérinaire par Vindevogel et Duchatel. les auteurs suspectant une résistance de trichomonas au Ronidazole ont étudié la sensibilité in vitro au produit . Pour ce faire, ils ont isolé différentes souches de trichomonas et ont constaté que les souches rencontrées chez des pigeons traités souvent avec des traitements courts étaient plus résistantes que les souches rencontrées chez des pigeons traités moins souvent et plus longtemps.

Influence du médicament utilisé
Tous les traitements sont à base de dérivés nitro- imidazolés, les plus utilisés étant le ronidazole, le dimetridazole, le carnidazole et le metronidazole. 
Il a été prouvé des résistances à ces 4 dérivés imidazolés( Munoz,Castella, Gutierrez 1998 - Lumeij et Zwijnenberg 1990).
Les résistances observées ne sont pas spécifiques d'un nitro-imidazole mais s'exercent aussi vis-à-vis d'un ou plusieurs autres (Franssen et Lumej 1992). 
Un traitement de 1 jour à dose unique comme préconisé pour le carnidazole pourrait jouer un rôle dans l'apparition de phénomènes de résistance suite à une action curative incomplète. (Franssen et Lumeij 1992).

Influence du dosage utilisé
Les doses recommandées sur les notices par les fabricants sont devenues trop faibles et peuvent engendrer des résistances.
Pour pouvoir traiter efficacement la trichomonose, il est nécessaire d'augmenter les doses et de traiter plus longtemps, l'augmentation des doses de dimetridazole et de métronidazole est difficile de par la toxicité de ces produits à dose élevée. Le Ronidazole offre une bonne sécurité à forte dose . D'après mon expérience, une dosage à 15% de Ronidazole est actuellement nécessaire pour enrayer la maladie . Jusqu' où va-t-on devoir aller dans l'augmentation des concentrations ?

Influence de la manière de traiter 
Le ronidazole n'est pas totalement soluble dans l'eau de boisson et des dépôts ont tendance à se former dans le fond des fontaines , lors de traitements dans l'eau de boisson , il est donc nécessaire de remuer l'eau régulièrement sinon la concentration de ronidazole absorbée par le pigeon risque d'être trop faible .
Le traitement sur le grain est possible mais le ronidazole n'a pas un goût agréable pour le pigeon et il est donc nécessaire de masquer ce mauvais goût.
Lors de l'administration de traitement sous forme de comprimés, il a été prouve que ceux-ci pris à jeun sont rapidement digérés , la persistance du principe actif dans les voies digestives supérieures étant alors plus faible ce qui diminue l'effet curatif. (Baert et al, 1990)

  Influence des agents compliquants
La trichomonose ne reste souvent jamais seule et est accentuée par des agents compliquants tels que l'herpès virus du coryza, le pox virus de la variole , des bactéries : streptocoques, staphylocoques, pasteurellas, mycoplasmes, chlamydia etc. 
Un pigeon malade de la trichomonose et porteur sain de salmonelles peut de ce fait en ré excréter .
Ces agents compliquants viennent accentuer les symptômes, affaiblissent d'autant plus le pigeon et créent un milieu favorable à la multiplication des trichomonas.
 Le circovirus de par son action immunodépressive peut aussi accentuer les symptômes et son portage asymptomatique par des pigeons adultes pourrait peut être expliquer l'apparition de symptômes chez ceux-ci si l'on peut un jour prouver que les porteurs adultes de circovirus sont quelque peu immunodéprimés .De plus , le pigeon porteur malade aura plus tendance à excréter du virus et donc ainsi à contaminer les pigeonneaux.

 

Comment enrayer ce phénomène de résistance ?

    Tout ceci modifie non seulement l'approche de la maladie mais aussi la manière de la traiter.
Les protocoles de traitement habituels sont donc à modifier.
Après une analyse microscopique, on déterminera le nombre , la mobilité et la forme des trichomonas présents pour décider de la nécessité d'un traitement.
Il serait préférable de ne traiter que les pigeons présentant des manifestations cliniques ou des baisses de performances sportives dont la cause prouvée est la trichomonose. 
 Si les analyses révèlent la présence d'agents compliquants, il convient souvent de traiter ces compliquants en premier lieu.
Un traitement sur le couvage est nécessaire pour éviter la maladie chez les pigeonneaux mais le mieux serait de réaliser un frottis sur les nourriciers pour savoir si ils sont porteurs .
 En tout état de cause, les traitements courts au retour des concours sont à proscrire ainsi que les traitements trop rapprochés sous peine de ne plus à terme pouvoir disposer de traitement efficace du tout contre cette maladie.
Les analyses réalisées m'amènent aussi à douter des traitements combinés trichomonose -coccidiose , trichomonose-coryza achetés sans prescription vétérinaire et plus souvent vendus pour soulager la conscience du colombophile plutôt que réellement efficaces 
.Si un traitement est nécessaire ,il doit durer au moins 5 à 7 jours avec une concentration de Ronidazole d'au moins 15%.

 Il existe des moyens pour ne pas devoir traiter trop souvent :
* une acidification des voies digestives s'avère efficace dans la sélection des souches de trichomonas .
* Avec des contrôles réguliers , on peut " laisser " quelques trichomonas peu pathogènes de manière à créer une immunité permanente comme on le fait avec la coccidiose.

 

Conclusion

 

   C'est au colombophile à se montrer responsable de la santé naturelle de ses pigeons, un contrôle étant impossible.
Au niveau de la législation, pour des raisons de santé publique le ronidazole, le dimetridazole et le metronidazole sont classés à l'annexe IV (substances interdites) de la réglementation européenne, il ne doivent donc être délivrés que sur ordonnance vétérinaire et réservés uniquement aux pigeons voyageurs de concours, animaux non destinés à la consommation humaine or ces produits apparaissent comme banalisés dans le milieu colombophile et sont vendus à 80% sans ordonnance ni consultation vétérinaire.

Je vous laisse donc à vos réflexions dans cette période de chute de plumes révélatrice de l'état de santé de votre colonie et très importante pour la préparation de la prochaine saison sportive.

 Références 
* Cerkasovova A, Cerkasov J, Kulda J Resistance of trichomonads to metronidazole Acta Universatis Carolinae- Biologica 30, 485-503
* Duchatel JP et Vindevogel H Sensibilité in vitro au ronidazole de différentes souches de Trichomonas gallinae isolées de pigeons Ann.Med.Vet.1998,142,333-338
* Franssen FFJ Lumeij JT In vitro nitro-imidazole resistance of Trichomonas gallinae and successful therapy with an increased dosage of ronidazole in racing pigeons (Columbia livia domestica) J.Vet.Pharmacology and Therapeutics 15, 409-415.
* Lumeij JT . Zwijnenberg RjG Failure of nitro-imidazole in the racing pigeon ( Columbia Livia domestica) Avian Pathology 1990 165-166
* . Munoz E, J.Castella,JF.Gutierrez Invivo ant in vitro sensivity of Trichomonas gallinae to some nitroimidazole drugs Vet parasitology 1998, 78, 239-246
Vindevogel H Duchatel JP Pastoret PP 1994 "Le pigeon Voyageur" 2e éditions du point Vétérinaire. 

  

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