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du  Dr Etienne
Schepkens

Virus, bactéries et parasites.

                               Un tour complet ...

 

Coin du VETO : mars 2009 
(B.N. n° 132)

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Dr Vétérinaire Etienne Schepkens de Bruay la Buissière (62700)

       Un organisme en équilibre n'est pas quelque chose de totalement stérile, ça ne marcherait pas.
Il est impossible de vivre sans flore intestinale et pour que celle-ci fonctionne bien , il faut un équilibre entre les différents germes et microorganismes.
  Tous les germes ne sont pas nocifs. Certains le sont de par leur unique présence mais d'autres peuvent être nécessaires en faible quantité pour assurer un équilibre mais parfois peuvent devenir nocifs lorsque leur multiplication est permise.
  L'automédication est très présente dans le milieu colombophile, le coulonneux a ainsi la possibilité de jouer à l'apprenti sorcier.
Les médicaments utilisés de manière abusive et irréfléchie provoquent un déséquilibre dans l'organisme du pigeon qui peut être nocif non seulement à sa santé mais aussi au but que tous recherchent c'est-à-dire les performances.
Les différentes maladies susceptibles de toucher le pigeon voyageur peuvent être classées grossièrement en maladies virales , bactériennes , parasitaires et métaboliques .
Je tiendrai dans cet article uniquement compte des virus , bactéries et parasites .

  Les virus 

 
 
  Un virus est une entité biologique de très petite taille, à structure non cellulaire et ne possédant pas l'ensemble des propriétés attribuées généralement aux êtres vivants, mais ayant la capacité de se reproduire au sein des cellules vivantes de l'hôte. Tous les virus sont donc des parasites intracellulaires obligatoires et ils sont le plus souvent pathogènes.
Tous les virus possèdent un matériel génétique leur permettant de se reproduire et d'évoluer. Cette information génétique est représentée par une ou plusieurs molécules d'un seul type d'acide nucléique : ARN ou ADN .Cet acide nucléique est protégé et enfermé au sein d'une enveloppe caractéristique du virus dont le rôle est de protéger l'acide nucléique mais aussi de permettre la reconnaissance du virus par la cellule- cible .
  Malgré le fait qu'il existe des médicaments anti-viraux , nous devrons ici admettre que ceux-ci souvent humains ne sont pas adaptés pour le moment à la médecine colombophile .
  Donc, pour nous, un virus ne peut être tué par des médicaments et il faut faire le nécessaire pour que l'organisme puisse s'en débarrasser grâce à sa propre immunité.
Un virus provoque des dégâts par lui-même en s'attaquant à des cellules -cibles mais crée aussi un terrain favorable à l'entrée et à la multiplication de germes venant de l'extérieur ou présents dans l'organisme soit en affaiblissant le pigeon soit en provoquant des lésions .
  Le Pigeon Herpes Virus 1 responsable du coryza peut rester " caché " dans les cellules du pigeon et ne se réactiver que lors de circonstances favorables qui peuvent être une autre maladie, virale, bactérienne ou parasitaire mais qui ne sont pas toujours dues à un germe mais aussi au stress du transport, à un concours fatiguant , à un déséquilibre alimentaire , à une période de repos insuffisante , à une mauvaise aération etc..
  Donc , le fait de traiter à l'aveugle une maladie virale peut être catastrophique. La bonne méthode est de trouver les circonstances favorables et les germes compliquants et d'arriver en les éliminant à remettre le pigeon dans une santé (ou un équilibre) telle qu'il pourra lutter lui-même , avec sa propre immunité contre le virus qui a provoqué l'état de maladie.

 

 Les bactéries

 

  Les bactéries sont des êtres unicellulaires de petite taille ayant la possibilité de se reproduire par eux-mêmes par multiplication végétative.
Toutes les bactéries ne provoquent pas des maladies, la plupart sont des bactéries " amies " sans lesquelles notre organisme ne pourrait vivre ( ex les bactéries de la flore intestinale) .
  D'autres par contre sont pathogènes et on distinguera les agents pathogènes dans le milieu capables de provoquer une maladie et les agents compliquants qui profitent de la maladie pour se multiplier.
La plupart des bactéries pathogènes par elle-mêmes ne sont pas présentes dans un organisme sain , elle provoquent donc la maladie rien que par leur présence.
  Dans le cas de la paratyphose, maladie très répandue , un pigeon n'ayant jamais rencontré le germe ou n'étant pas vacciné pourra développer la maladie et manifestera selon son âge et son statut immunitaire différents symptômes allant d'une septicémie mortelle à une entérite grave ou à des atteintes sexuelles, articulaires ou nerveuses.
  Il faut noter que certains pigeons non ou mal traités pourront résister à la maladie , ne pas être totalement guéris et devenir des porteurs sains qui excréteront la bactérie lorsqu'ils sont affaiblis .
  Par contre il existe des bactéries pathogènes qui sont présentes chez certains pigeons mais dont la multiplication est entravée par d'autres bactéries " amies " de la flore intestinale.
C'est le cas du Streptococcus Bovis. Certains pigeons sont porteurs asymptomatiques .L'abus de certains antibiotiques peut éliminer les germes qui le maintiennent à l'état latent. Le Streptococcus Bovis a alors le champ libre pour se multiplier. Une population considérable en nombre peut ainsi être obtenue en très peu de temps et infester massivement d'autres pigeons non porteurs. Là aussi , les symptômes à noter très proches de ceux de la paratyphose et souvent confondus vont varier selon l'âge et l'état immunitaire du pigeon allant de la septicémie à une entérite grave jusqu'à des symptômes musculo-squelettiques se traduisant par des " crampes " de fréquence variable pouvant survenir lors du vol et très préjudiciables au devenir sportif du pigeon et de la colonie elle-même.

 

 Bactéries - Le traitement

 
 
  Le traitement des maladies bactériennes fait appel aux antibiotiques.
Un antibiotique est une substance produite par un micro- organisme ou de manière semi-synthétique voire entièrement synthétique capable en diffusant dans son environnement d'inhiber la croissance ou de tuer d'autres espèces de micro-organismes. Le premier antibiotique mis en évidence a été la pénicilline (Fleming 1929) secrétée par un champignon (Penicillium Notatum).
Entre parenthèses, beaucoup d'antibiotiques sont fabriqués dans la nature par des bactéries et des champignons vivant dans le sol , ce qui traduit le fait que ces composés ont sans doute un rôle important dans l'équilibre entre micro-organismes concurrents occupant le même environnement , équilibre que les activités humaines sont en train de rompre.
  La découverte des antibiotiques a permis de vaincre beaucoup de maladies mortelles .
  Par contre, les germes ont tendance à s'adapter et à développer des résistances ce qui conduit à la recherche incessante de nouveaux composés efficaces. Peu de produits efficaces in vitro sont adaptables à l'homme et à l'animal car trop toxiques , sur environ 5000 antibiotiques isolés et caractérisés quelques centaines seulement sont utilisés en thérapeutique antibactérienne chez l'homme et l'animal.
Il est alarmant de constater que les gènes qui codent les enzymes impliquées dans les phénomènes de résistance sont le plus souvent portés par des plasmides ce qui autorise non seulement une transmission verticale de la résistance de génération à génération mais aussi une transmission horizontale d'une espèce bactérienne à une autre. 
Il va donc de soi que ces traitements soient prescrits par un Docteur Vétérinaire qui d'abord tiendra compte de l'opportunité d'un traitement antibiotique pour le cas avéré.
En effet, toute infection bactérienne résulte de 3 composants : une bactérie avec son caractère pathogène propre, le pigeon avec ses défenses immunitaires et les conditions favorisantes qui vont faciliter l'installation de la bactérie ou dégrader les défenses immunitaires de l'animal (maladie virale, parasitaire, lésions tissulaires, environnement malsain, hygiène...).
  Tuer la bactérie ne sert à rien si en même temps on ne s'attaque pas aux causes favorables à son développement. Il arrive qu'en les éliminant, l'utilisation d'un antibiotique ne soit pas nécessaire.
Si un traitement antibiotique doit être instauré, celui-ci sera choisi de manière réfléchie en tenant compte du spectre d'activité de l'antibiotique prescrit mais aussi de sa diffusion dans les tissus. On ne va pas traiter une maladie qui affecte l'organisme en général avec un antibiotique qui bien qu'il soit efficace contre le germe incriminé ne passe pas la barrière intestinale.
  Le dosage employé et le temps de traitement sont aussi très importants et tiennent compte de la toxicité , de l'efficacité de l'antibiotique ( Concentration Minimale Inhibitride - CMI) et du germe. Les notices des antibiotiques ont généralement été élaborées lors de la demande d'autorisation de mise sur le marché du médicament et ne tiennent pas compte de l'évolution des germes et des résistances acquises ultérieurement.
  Les associations d'antibiotiques ou de médicaments doivent aussi être prescrites par le vétérinaire qui tiendra compte des antagonismes et des pertes d'efficacité possibles.

 

  Les parasites

 

  Le parasitisme animal se définit comme une relation liant deux organismes au cours de laquelle l'un , le parasite, vit au dépens de l'autre, nommé l'hôte.
Si le parasite est accroché à la surface de l'hôte, on parle d'ectoparasite, s'il vit dans l'hôte, il s'agit d'un endoparasite.
Certains parasites ont un cycle avec une partie de celui-ci dans le milieu extérieur, l'hôte servant pour se nourrir (la plupart des ectoparasites) ou pour en plus se reproduire (coccidies , vers etc.)
  La lutte contre les parasites ne fait pas intervenir que des traitements antiparasitaires spécifiques mais accorde une importance primordiale à l'hygiène et la propreté.
Les parasites ont une grande faculté de résistance aux traitements avec l'obligation d'augmenter fortement les dosages d'où l'application nécessaire de traitements raisonnés en excluant les traitements préventifs. Un contrôle régulier permet d'arriver dans le cas de trichomonose et de coccidiose à contrôler un parasitisme bas qui permet au pigeon de développer une immunité avec la possibilité de ne plus devoir traiter ou en tout cas de le faire moins souvent. Des analyses de fientes régulières permettent de repérer la quantité d'ookystes de coccidies mais aussi de voir la présence d'œufs de vers qui si ils sont absents rendent tout traitement inutile.
  Ce n'est pas la vermifugation préventive des pigeons qui va leur permettre de ne pas contracter des vers ultérieurement.
Les parasites en provoquant des lésions peuvent ouvrir la porte à d'autres germes ( ex : trichomonas et virus de la variole) et le rôle du vétérinaire lors d'une maladie est de rechercher l'ensemble de manière à ce que le traitement soit totalement efficace.

 

  Conclusion

 
  Comme vous voyez, les germes appellent les germes et il ne suffit pas d'un médicament pour rétablir la santé et les performances .J'ai énormément insisté sur les conditions favorables aux germes qui reviennent dans tous les cas que ce soient dans le cas de maladies virales comme les bactériennes et les parasitaires. Il faut que tout soit totalement réparé et que la machine tourne rond pour que le sportif de haut niveau qu'est le pigeon voyageur puisse de nouveau donner du plaisir à son coach et au directeur du club qui est souvent l'épouse de l'entraîneur.
Je vous souhaite à tous un bon début de saison.


  Bibliographie.
Cailliez JC Verreman K Dictionnaire de Biologie cellulaire et moléculaire
De Herdt P Biochemical and Antigenic Properties of Streptococcus bovis isolated from pigeons -Journal of Clinical Microbiology 30:9 2432-2434
De Herdt P Antibiotic Traetment of Streptococcus bovis infections in pigeons. Avian pathology 22:3 605-615
Devieze L A Characteristics of Streptococcus bovis associated in pigeons Avian Pathology 19:3, 425-428
Morère JL Pujol R Dictionnaire raisonné de Biologie
Perry J Staley JT Lory S Microbiologie 
Puyt JD Vademecum d'Antibiothérapie 
Sturkie Paul D Avian Physiology 5è Edition
Vindevogel Duchatel Pastoret " Le Pigeon Voyageur "

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