INFOS
du  Dr Etienne
Schepkens

La maladie du jeune pigeon.

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Coin du VETO : mars 2007
(BN n°124)


Dr Vétérinaire Etienne Schepkens de Bruay la Buissière (62700)

     Cet article sera un résumé de la conférence que j'ai donnée lors de notre congrès national 2007. Malgré l'heure matinale, toutes les chaises de la salle de conférence étaient occupées le 14 janvier dernier à Gravelines. J'avais décidé de vous parler de la Circovirose, devenue maladie n°1 du pigeonneau.

     Un débat très intéressant a suivi la présentation puisque le comité vétérinaire de la FCF était présent au complet. En effet, nos deux chercheurs Ing Jean-Pierre Duchatel et Dr Christophe Arnoult ainsi que les deux vétérinaires " sur le terrain " Bernard Lefebvre et moi-même ont pu chacun selon ses compétences répondre à vos questions.

 

  Système immunitaire
  du pigeon


     Pour comprendre cette maladie, il faut d'abord avoir quelques notions du système immunitaire du pigeon. Celui-ci est composé d'organes lymphoïdes primaires qui se développent pendant la vie embryonnaire et la période juvénile. Ce sont le thymus situé au niveau du cou et la bourse de Fabricius à la face supérieure du cloaque.

        Ces organes atteignent leur taille maximale chez le pigeonneau à l'âge de 3 mois puis disparaissent progressivement. Ils sont indispensables à la formation du système immunitaire de l'adulte. La bourse de Fabricius est le lieu de maturation des lymphocytes B et donc de la création de l'immunité humorale (immunoglobulines - anticorps). Le thymus est responsable de la création de l'immunité cellulaire (lymphocytes T).

     Les organes lymphoïdes secondaires sont colonisés par les cellules des organes lymphoïdes primaires. Il n'y a pas chez le pigeon de ganglions comme chez l'homme mais des " centres germinatifs locaux " situés entre autres dans la rate, intestins (amygdales caecales et plaques de Peyer), moelle osseuse (limité car os pneumatiques) et œil (glandes de Harder).

 

   Origine


       Le circovirus est un tout petit virus (20 nm) à génome court et à ADN circulaire simple brin. Ce virus est très résistant dans le milieu extérieur et peu sensible aux désinfectants chimiques. Différents circovirus atteignent les oiseaux et les mammifères.

      Le circovirus donnant la maladie du jeune pigeon est spécifique du pigeon (PiCV) et est proche du circovirus du canari (CaCV).

 

    Mode d'action

 

     Le circovirus s'attaque aux organes de défense de l'organisme (thymus et bourse de Fabricius) et provoque une immunosuppression.

     D'après une étude récente (Duchatel et al), dans un élevage ayant eu des problèmes de maladie du jeune pigeon, 65% des vieux en bonne santé étaient porteurs du virus. Le virus a été trouvé surtout dans la trachée et le pharynx mais aussi dans les intestins, le foie, la rate et les organes sexuels.

 

  Transmission


     Essentiellement par les fientes des pigeons porteurs (voie horizontale) mais aussi par voie verticale (circovirus dans les organes sexuels des adultes).

 

  Symptômes

 

     La maladie atteint surtout les pigeonneaux entre 4 et 12 semaines. On constate des vomissements, une gave " pleine d'eau ", de l'anorexie, de la diarrhée, de la dépression, des symptômes respiratoires.

        Il faut savoir que ces symptômes ne sont pas spécifiques de la maladie, ne sont pas toujours tous présents et quand ils sont présents le sont à des degrés variables d'un pigeon à l'autre. Tout ceci dépend de l'intensité de l'atteinte virale et du type et de la quantité des infections secondaires.

     En effet, le circovirus provoquant une baisse d'immunité, le pigeon sera plus sensible aux différentes maladies (colibacilles, paratyphose, trichomonose, paramyxovirose, coryza, vers, ornithose, coccidiose, streptococcus bovis, etc..) car il ne pourra pas lutter par lui-même.

 

   Diagnostic

 

     Les symptômes sont peu spécifiques, le circovirus est très répandu. On pense que le circovirus ne pourrait pas seul provoquer une maladie, les symptômes seraient donc dus aux infections secondaires que l'on doit rechercher.
La présence de colibacilles est systématique.

        Il y a des infections secondaires que l'on peut trouver immédiatement lors de la consultation avec une analyse microscopique : la trichomonose, les vers, la coccidiose. L'ornithose peut être trouvée avec un test rapide. Il faut ensuite interroger le colombophile sur les antécédents pathologiques de la colonie - Paratyphose (vaccin ou pas ? Œufs clairs ? Mal d'aile ? Boiteries ?) Paramyxovirose (vaccin ou pas ? Quel vaccin ?)
Streptococcus bovis (Résultats au dessus de 200 kms ? crampes ? mortalités aiguës ?) Présence de problèmes respiratoires ? Utilisation de corticoïdes ?

     Ensuite viennent les examens de laboratoire avec la recherche de circovirus par PCR sur autopsie (préférable) ou sur échantillon cloacal et la recherche éventuelle du germe compliquant.

 

  Traitement

 

     Le circovirus ne peut être tué, on doit donner au pigeonneau les armes pour lutter par ses propres moyens si cela lui est encore possible.

        Toutes les infections secondaires doivent être traitées, l'immunité doit être stimulée et il faut éliminer tous les sujets qui restent chétifs malgré le traitement car ceux-ci excrètent de grosses quantités de virus et augmentent donc la pression virale dans le pigeonnier.

     Cela vaut-il la peine de traiter des pigeonneaux très atteints sachant qu'ils peuvent rester porteurs à l'âge adulte et excréter le virus à certains moments ?

 

   Prévention

 

     Le circovirus est très répandu et il est devenu très difficile de produire des pigeonneaux exempts. Une hygiène maximale, une colombophilie la plus naturelle possible, des contrôles plutôt que des traitements préventifs, des vaccinations systématiques, un emploi mesuré des antibiotiques, une stimulation naturelle de l'immunité et une flore intestinale intacte sont les clés de la prévention.

        La recherche d'un vaccin est en cours, on sait qu'il est impossible de réaliser un vaccin classique car on n'est pas arrivé à multiplier le circovirus sur cultures de cellules ou sur œufs embryonnés. Par contre, le génome du virus a été décrypté et il est donc théoriquement possible de réaliser un vaccin par " génie génétique ".

 

   Questions

 

      Circovirus et vaccin contre la paramyxovirose
La vaccination contre la paramyxovirose est moins efficace chez un jeune immunodéprimé, ce n'est pas le vaccin qui est mauvais mais le pigeon qui est incapable de produire suffisamment d'anticorps. Il est donc important de s'adapter et donc de ne pas vacciner les jeunes trop tôt (pas avant l'âge de 3 mois) .l'idéal serait de leur injecter 2 doses à trois semaines d'intervalle en primo-vaccination.
Pour un apport maximal d'anticorps aux jeunes, le mieux serait aussi de vacciner les vieux 15 jours avant les accouplements.

      Circovirus et corticoïdes :
la cortisone provoque une diminution de la résistance aux infections, le circovirus aussi. Comme de nombreux adultes sont porteurs de circovirus, la cortisone pourrait provoquer l'excrétion de celui-ci.
Donc Cortisone + Porteurs sains=maladie du jeune pigeon.

     Circovirus et Adénovirose
Depuis plus de 2 ans, aucun prélèvement pour rechercher l'adénovirose ne revient positif. Par contre, il y a de plus en plus de prélèvements positifs pour la circovirose. L'Adénovirose aurait-elle disparu ? Je constate quand même sur le terrain que l'utilisation d'immunoglobulines spécifiques de l'adénovirus donne encore de bons résultats surtout pour les diarrhées des jeunes après les premiers concours. Une explication scientifique à tout cela sera peut-être trouvée un jour. 

 

   Conclusion

 

     La circovirose est une maladie qui s'attaque au système immunitaire du pigeon et qui se propage très facilement au point d'être devenue la maladie n° 1 du pigeonneau.
L'atteinte du système immunitaire va provoquer l'apparition de plus de maladies et plus souvent, on devra utiliser plus fréquemment des antibiotiques sur des pigeons dont l'organisme coopère moins, on va donc ainsi favoriser l'apparition de germes résistants.

        De plus, l'utilisation de ces médicaments, au départ pour soigner, va perturber la flore intestinale et ainsi l'équilibre général du pigeon.
Le vétérinaire formé en médecine colombophile connaît bien cette maladie et les enjeux du milieu colombophile et sera ainsi capable non seulement d'élaborer le traitement le plus adéquat à votre colonie mais aussi de rééquilibrer la santé des pigeons après traitement.

     Je vous souhaite à toutes et à tous un bon début de saison en espérant que la grippe aviaire ne viendra pas de nouveau perturber les entraînements et l'organisation des concours.

 

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