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du  Dr Etienne
Schepkens

Les examens complémentaires

                               Autopsie, prélèvements  ...

 

Coin du VETO : mars 2005 (n°116)

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Dr Vétérinaire Etienne Schepkens de Bruay la Buissière (62700)

       Je suis fier d'avoir pu écrire cet article en collaboration avec Jean-Pierre Duchatel du service de médecine aviaire de la Faculté de Médecine vétérinaire de l'Université de Liège. 
Jean-Pierre Duchatel est une des personnes les plus impliquées dans la recherche en médecine colombophile. Je collabore avec lui pour les examens complémentaires.

    Tout colombophile sera d'accord pour affirmer que pour faire des résultats un pigeon doit être en bonne santé. Le pigeon est parfois visiblement malade ou simplement porteur, sans symptôme, de germes pathogènes qui ne s'exprimeront que lors de la compétition ou de périodes sensibles telles que la mue ou l'élevage. Lorsque le pigeon est malade, le colombophile va essayer toute une série de médicaments en sa possession ou qu'il peut se procurer chez son pharmacien ou son grainetier en espérant tomber sur le bon produit.
  La bonne solution est de faire appel à son vétérinaire spécialiste qui va poser un diagnostic et administrer le traitement approprié. En période de repos, lorsque les pigeons ne paraissent pas malades, le colombophile réalise souvent des traitements préventifs contre toute une série de maladies (coccidiose, verminose, trichomonose, maladies respiratoires...) cela est souvent inutile et il est préférable de consulter un vétérinaire qui n'administrera un traitement que si c'est nécessaire.

     Les médicaments à titre préventif sont souvent inutiles, voire nocifs pour les reins et le foie. 
L'état général, l'aspect extérieur, les symptômes, l'anamnèse permettent généralement d'orienter le diagnostic mais ce sont les examens complémentaires qui vont préciser le diagnostic. En effet , une diarrhée peut être provoquée par beaucoup de causes (vers, coccidies, trichomonas, salmonelles, colibacilles, streptocoques, adenovirus, circovirus ...) , il en va de même pour les problèmes respiratoires, les amaigrissements, les mortalités, les baisses de forme ...

 

Examens complémentaires

 

     Il y a des examens complémentaires de base qui sont réalisés systématiquement lors d'une consultation colombophile et d'autres examens plus spécialisés qui sont demandés au laboratoire en cas de nécessité . 

    Une analyse de fientes par la méthode de dénombrement dans une solution saturée de chlorure de sodium est réalisée systématiquement lors d'une consultation en colombophilie . Elle permet de rechercher les œufs des vers ascaris, capillaires (et quelques autres plus rares), de compter les ookystes de coccidies. Un examen bactériologique des fientes est parfois nécessaire, notamment pour la recherche des salmonelles, des colibacilles et d'autres germes pathogènes. Les levures sont également recherchées. La mise en évidence bactériologique de salmonelles dans les fientes est préférable à l'examen des anticorps dans le sang, souvent peu significatif. Parfois la présence abondante d'E. Coli est notée et doit être considéré comme une indication de maladies sous-jacentes à examiner.

    Un écouvillonnage de la muqueuse du jabot est aussi réalisé systématiquement lors de la consultation. Il permet la visualisation des trichomonas. Une mise en culture de l'écouvillon peut permettre la recherche de germes tels que entre autres pasteurella, pseudomonas, E. Coli, streptocoques et staphylocoques hémolytiques.

    Prélèvements sur pigeon vivant 
* Détection par PCR de circovirus chez le pigeonneau jusque l'âge de 5 mois à partir d'un écouvillon de cloaque 
* Détection par PCR d'ornithose sur écouvillonnage conjonctival
* Les recherches d'anticorps à partir de prises de sang sont plus difficiles à interpréter et nécessitent des sérums couplés ; elles sont donc peu réalisées en médecine colombophile. 

Autopsie

 
 
    L'autopsie est un examen qui apporte énormément de renseignements en vue d'un diagnostic précis. Non seulement certains diagnostics peuvent être réalisés directement sur l'observation des lésions mais l'autopsie permet aussi de faire des prélèvements fiables. Au niveau des organes digestifs, des lésions (quelques exemples entre parenthèses) peuvent être observées au niveau du foie ( trichomonose, paratyphose, adénovirose....), du pancréas (paratyphose), du jabot ( trichomonose), de l'intestin grêle (ulcères transversaux paratyphiques, capillariose...), du gros intestin (ascaris, capillaires ...). 

    Des prélèvements de ces divers organes peuvent être analysés en vue de la recherche du germe responsable de l'infection ou de la confirmation du diagnostic clinique et lésionnel. 
Des prélèvements seront aussi réalisés en cas d'infections respiratoires et serviront à
l'isolement de virus (herpesvirus du pigeon, adénovirus), de bactéries complicantes (pasteurelles, streptocoques, staphylocoques, pseudomonas, chlamydia, E. Coli, ....), des mycoses (candida, aspergillus, ...) ; des lésions des séreuses (péricarde et parois des sacs aériens) sont très évocatrices d'ornithose ou de maladie respiratoire chronique mais comme nous le verrons plus tard, leur seule observation ne permet pas toujours de donner un diagnostic exact. 

    Une analyse du sang du cœur sur un cadavre frais (mort depuis peu de temps et conservé à 4°C) permet parfois d'isoler des germes responsables de septicémies (pasteurella, E. Coli, salmonella, streptococcus bovis . ...). Dans ces cas parfois, il n'y a aucune lésion typique à l'autopsie. 
Un prélèvement sur la rate est intéressant à envoyer pour la recherche de divers germes (chlamydia spp. entre autres). La bourse de Fabricius chez le jeune pigeon permet la détection de circovirus. 
On peut aussi faire des prélèvements articulaires pour isoler notamment des salmonelles en cas de paratyphose suspectée.

    Ces analyses peuvent être complétées par les lésions histologiques microscopiques et la possibilité d'examiner des tissus par microscopie électronique est toujours possible.

 

Plus encore ...

 

Je vais terminer cet article en vous parlant de quelques cas dans lesquels seuls les examens complémentaires judicieusement demandés m'ont permis d'établir un diagnostic précis et de prescrire le traitement approprié . 

    Un client m'a présenté des jeunes pigeons pour mortalité associée à des problèmes respiratoires. Les examens de base (fientes et frottis de jabot) n'ont révélé la présence ni de vers, ni de trichomonas. A l'autopsie, il a été constaté des lésions du péricarde (péricardite) et des sacs aériens (aérosacculite). D'après l'autopsie, le diagnostic s'oriente vers l'ornithose. Une recherche de chlamydia (germe responsable de l'ornithose) par PCR se révèle négative. Par contre, une recherche de circovirus s'est avérée positive. Le circovirus s'attaque à la bourse de Fabricius (organe servant au développement de l'immunité chez le pigeonneau) et provoque une baisse importante de l'immunité chez le pigeonneau qui ne peut pas lutter contre le virus du coryza et les complications bactériennes associées. Si des examens complémentaires de laboratoire n'avaient pas été réalisés dans ce cas, le diagnostic et le traitement n'auraient pas été appropriés . 

    Problèmes de santé chez 3 jeunes tardifs, les autres jeunes et les vieux étant en parfaite santé . Un jeune, mort brutalement, un autre ayant une diarrhée aqueuse verdâtre, le troisième souffrant de troubles nerveux avec torticolis . Toute la colonie a été vaccinée contre la paramyxovirose avec le Colombovac PMV(r). Une autopsie, réalisée sur le pigeon mort brutalement, ne révèle aucune lésion. Les testicules d'apparence normale, un morceau de foie, la rate et un morceau de trachée sont envoyés au laboratoire. Trois jours plus tard, on me signale que les prélèvements contiennent énormément de salmonelles . Malgré le fait que j'avais demandé une recherche de circovirus, celle-ci était devenue inutile, le diagnostic étant posé. En effet, le client avait vacciné tous ses pigeons contre la paratyphose sauf les jeunes tardifs. Ceux-ci ont été traités immédiatement.

    L'antibiogramme permet de tester l'efficacité des antibiotiques sur une culture de microbes :
Sur l'image ci-dessus, la culture est verdâtre, les pastilles antibiotiques sont blanches.
Le cercle noir qui entoure les pastilles montre les microbes détruits. Donc plus le cercle est grand, plus l'antibiotique est efficace.

    Un nouveau client vient me consulter : il a perdu 5 femelles adultes, quelques jeunes sont morts et il a dû en tuer quelques autres, d'autres jeunes présentent de la diarrhée, il a eu quelques œufs noirs et un vieux a des difficultés à voler et deux autres boitent . Tous les traitements préventifs imaginables ont été réalisés (coccidiose, vers, trichomonose, problèmes respiratoires...). Les pigeons sont vaccinés contre la paramyxovirose mais pas contre la paratyphose. Le client qui traite régulièrement contre la paratyphose avec un produit acheté en pharmacie est persuadé qu'il a affaire à une paratyphose grave dont l'agent serait devenu résistant à son produit. Une autopsie réalisée chez un des jeunes morts brutalement montre uniquement des lésions de septicémie avec décoloration du foie et une légère augmentation de volume de la rate. L'examen de laboratoire demandé pour la paratyphose s'avère négatif mais par contre met en évidence du streptococcus bovis dans les organes envoyés. Cela est également confirmé par l'examen d'un écouvillon de gorge réalisé chez un jeune chétif. Dans ce cas, alors que tous les symptômes pouvaient faire penser à de la paratyphose, il n'en était rien. Nous avions à faire ici à une infection grave de streptococcus bovis dont le traitement est tout à fait différent. Le fait de traiter en aveugle contre la paratyphose n'a fait qu'aggraver la maladie. Je profite pour signaler que souvent cette infection par le streptocoque bovis est confondue avec la paratyphose.

    Les méthodes de diagnostic de laboratoire permettent actuellement de préciser les diagnostics cliniques, ce qui est important pour le traitement et la guérison des pigeons. Il faut arrêter de donner des médicaments aux pigeons sans diagnostic. Le vétérinaire, de par ses études et son expérience pratique est souvent le seul capable de vous aider à surmonter la difficulté et remettre votre colonie rapidement sur la voie du succès. 

Ing Jean-Pierre Duchatel & Dr Etienne Schepkens 

 

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