Coin du VETO : Juin 2010   B.N. 137
Dr Vétérinaire Etienne Schepkens de Bruay la Buissière (62700)

Mise en page : Jordy Hembert (Gpt de Calais)

 

 

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Analyse personnelle des principales causes de diarrhées chez les jeunes

Pour cet article de juin , j’ai décidé de vous parler d’un sujet de saison : les diarrhées chez les jeunes. Bien que la diarrhée puisse apparaître n’importe quand dans l’année, je constate pourtant en clientèle que ce symptôme est plus fréquent entre mars et juillet. Je vais passer en revue les différentes causes tout en sachant qu’il peut y avoir plusieurs causes à une diarrhée. Cet article va vous être présenté de manière différente ; en effet, j’ai décidé, plutôt que d’énumérer les différentes causes de diarrhée, de vous présenter le sujet comme une consultation colombophile.

Un colombophile ayant pris rendez-vous pour un problème de diarrhée chez ses jeunes se présente donc au cabinet avec quelques jeunes et des fientes.
Après avoir vu l’aspect extérieur des fientes et les avoir préparées pour une analyse microscopique en utilisant systématiquement une méthode d’enrichissement, les premières questions posées auront trait à l’âge précis des jeunes malades et à la mortalité ou pas (des pigeonneaux sont-ils morts par eux-mêmes ou en avez-vous déjà sacrifié des trop chétifs ?).
En cas de mortalité, il est conseillé d’apporter un pigeonneau mort récemment (moins de 24h – laissé au frais).diarrhée
Les jeunes sont ensuite consultés un par un, ils sont d’abord vus dans le panier de manière à constater visuellement leur état de vigilance, un frottis de jabot est systématiquement réalisé pour la recherche de trichomonas, ceux-ci pouvant soit parfois provoquer un peu de diarrhée par eux-mêmes mais surtout pouvant agir comme agent compliquant et assombrir le pronostic.
La prise en main permet de palper le jabot (présence de grains ? – gonflement ? Présence de liquide ?), de voir l’état d’embonpoint , l’état d’hydratation (yeux rentrés , souplesse de la peau), le gonflement de l’abdomen et du cloaque et la présence de souillures fécales sur les plumes et les pattes.
L’examen microscopique des fientes permet de diagnostiquer les causes parasitaires, on y voit les œufs des vers ascaris, capillaires et Trichostrongylus (maladie parasitaire beaucoup plus rare mais fréquemment mortelle) et les Ookystes de coccidies.

L'ascaridiose

L’ascaridiose due à Ascaridia Columbae, (vers visibles à l’œil nu), provoque rarement de la diarrhée sauf lors d’infestation massive ou de la présence d’agents compliquant. Lors d’ascaridiose seule, la mort est le plus souvent soit due à une obstruction intestinale due à un amas de vers, soit à un affaiblissement extrême du pigeonneau.

La Capillariose.

La Capillariose est due à Capillaria Obsignata qui a un cycle direct ou à Capillaria Caudinflata qui a un cycle avec le lombric comme hôte intermédiaire. Capillaria est un ver Hématophage pouvant provoquer de l’anémie lors d’infestation massive . La diarrhée est souvent importante chez les jeunes, verdâtre à hémorragique pouvant provoquer la mort. A noter que les œufs ne sont pas toujours présents dans les fientes en début d’infestation .

La Trichostrongylose.

La Trichostrongylose est une maladie très rare due à Ornithostrongylus Quadriradiatus, ver Hématophage. Les symptômes sont une diarrhée verdâtre à hémorragique, des vomissements, un dépérissement conduisant à la mort.
Beaucoup plus fréquente, la coccidiose est due à différents parasites unicellulaires du genre Eimeira (Columbarum, Columbae, Labbeana).

Les Ookystes.

Les Ookystes présents dans les fientes doivent subir une sporulation dans le milieu extérieur pour devenir infestent, celle-ci nécessite une température adéquate, de l’humidité et de l’oxygène. Une fois avalé par le pigeon, le parasite va se multiplier dans l’intestin d’abord par 2 à 3 cycles de reproduction asexuée et ensuite par une reproduction sexuée. Le jeune présente beaucoup plus souvent des symptômes aigus se traduisant par une diarrhée verdâtre parfois hémorragique, un amaigrissement rapide et de nombreuses mortalités lors d’infestation importante.
Une fois les causes parasitaires éliminées, on va rechercher les causes bactériennes.
Les principales causes bactériennes de diarrhée chez les jeunes sont la Paratyphose, l’infection à Streptococcus Bovis et la colibacillose.
L’anamnèse est très importante pour orienter le diagnostic dans les 2 premières.
Le colombophile sera interrogé sur différents symptômes dans sa colonie tels que boiteries, crampes ,œufs clairs ou noirs, mal d’aile, gonflements articulaires, qualité des volées, résultats dans les concours et sur la réalisation de la vaccination contre la Paratyphose, son protocole et le type de vaccin employé.

La Paratyphose.

La Paratyphose est due à Salmonella Typhimurium, bactérie très résistante dans le milieu extérieur. La contamination se fait par les fientes (porteurs sains, objets souillés, souris, rats, insectes) ou directement in utero à travers la coquille. Cette maladie provoque une mortalité dans l’œuf ou directement après éclosion chez le nouveau-né.

Chez le pigeonneau, elle provoque une diarrhée aqueuse verdâtre rapidement mortelle sans traitement adéquat. Le diagnostic repose sur l’anamnèse ; boiteries, mal d’aile, œufs clairs, stérilité chez les vieux, symptômes pas toujours présents dans la colonie, sur les lésions d’autopsie, chez les jeunes ; ulcères transversaux au niveau de l’intestin grêle et chez les vieux ; orchite, salpingite, ovarite, abcès hépatiques, cardiaques, pectoraux … Un examen bactériologique vient confirmer le diagnostic.

Les symptômes d’une infection à Streptococcus Bovis qui provoque aussi des diarrhées importantes chez les jeunes avec mortalités sont très semblables à ceux de la Paratyphose. La bactérie nommée Streptococcus Bovis se trouve de façon normale en quantité faible dans la flore intestinale de certains pigeons empêchée de se multiplier par la bactéries «amies» de la flore.

La maladie se déclare le plus souvent lors de perturbations de la flore intestinale provoquées par des traitements antibiotiques inadaptés et répétés. La dernière bactérie la plus fréquente dans les diarrhées de jeunes est Escherichia Coli.

Cette bactérie provoque rarement à elle seule des diarrhées importantes, par contre elle a tendance à se multiplier lors d’infections par d’autres agents pathogènes et agit ainsi très souvent comme agent compliquant surtout lors d’infections virales ; on parlera ainsi d’Adeno Coli bien que l’Adenovirus ne soit plus isolé depuis longtemps et de Circo Coli.

Après les causes bactériennes, il est temps de rechercher les causes virales qui occupent une part importante dans la pathologie intestinale du jeune.

Les virus.

Je retiendrai ici essentiellement les plus importantes : le Paramyxovirus et le Circovirus.

Le client sera interrogé sur la vaccination contre la Paramyxovirose des jeunes, des vieux et des reproducteurs ainsi que sur le vaccin utilisé et son protocole. Je lui demanderai aussi si il a déjà eu les années précédentes ou lors de couvées précédentes des épisodes de diarrhée chez ses jeunes sujets.

glandes Avant l’apparition des symptômes nerveux que vous connaissez, la Paramyxovirose provoque souvent chez le jeune une diarrhée importante qu’il est impossible de différentier de la diarrhée provoquée par le Circovirus sans avoir recours aux analyses de laboratoire. Il est à noter que lors de Circovirose clinique , on a souvent une inflammation du jabot, en terme populaire : «gave pleine d’eau». Cette diarrhée est parfois mortelle et peut durer très longtemps chez certains sujets. Il est étonnant de rencontrer de la Paramyxovirose chez les jeunes alors que la vaccination est obligatoire.

Ceci est dû d’abord au Circovirus mais aussi au fait que les colombophiles ne vaccinent pas nécessairement tous leur pigeons et que les reproducteurs sont souvent négligés. La transmission d’anticorps maternels in Utéro (la plus importante) et par le lait de jabot est faible, le pigeonneau est ainsi mal protégé pendant les 3 premières semaines de vie.

Après cela notre jeune doit progressivement édifier ses propres défenses immunitaires à l’aide de son thymus et surtout de sa bourse de Fabricius.

C’est là qu’intervient le Circovirus qui en s’attaquant à la bourse de Fabricius vient perturber l’élaboration des défenses immunitaires du pigeonneau.

Le Circovirus est isolé chez quasiment 100 % des pigeonneaux mais ceux-ci sont atteints à des degrés divers. Certains pigeonneaux seront très atteints alors que d’autres ne présenteront aucun symptôme. Les pigeons présentant de la diarrhée vont disperser des milliers de particules virales dans l’environnement (transmission horizontal), la pression virale va ainsi augmenter et atteindre les pigeons apparemment sains.

Si on se place au niveau des élevages , certains élevages colombophiles vont avoir des problèmes de Circovirose chez les jeunes et d’autres pas, ceci est dû à la transmission verticale de la maladie d’une génération à une autre par des pigeons sains mais qui peuvent excréter le virus dans certaines circonstances.

Donc un pigeonnier qui a présenté la maladie risque de la représenter plus tard mais pas nécessairement à toutes les couvées. La transmission dans les paniers lors des premiers concours de jeunes n’est pas à négliger.

On parle encore, semble-t-il à tort, d’Adénovirose alors que cet agent pathogène semble avoir disparu chez le pigeon voyageur tout du moins dans les analyses de laboratoire.

Pour en revenir à la Paramyxovirose, il est donc important étant donné la présence constante de cette maladie «dans l’air» de vacciner tous les pigeons du pigeonnier et de vacciner deux fois à 3 semaines à 1 mois d’intervalle tous les jeunes.

D’autres causes peuvent provoquer de diarrhées chez les jeunes mais elle sont plus rares que celles dont je viens de parler, il s’agit des intoxications (sel, désherbants, pesticides, désinfectants, médicaments, vitamines, lichens, solanine des pommes de terre etc.) et des champignons (candida souvent associé à un déséquilibre de la flore intestinale).

Tout paraît donc bien simple, on a trouvé la cause de la maladie, il ne reste plus qu’à soigner.

C’est là que ça se corse, d’abord la diarrhée peut avoir plusieurs causes, ensuite on ne peut pas tout soigner, enfin, il faut tenir compte de l’aspect économique : le portefeuille du colombophile n’est pas à toute épreuve.

On va donc devoir s’adapter ; on part ainsi du principe que tous les pigeonneaux hébergent le Circovirus (on ne peut pas tuer les virus mais on peut aider l’organisme du pigeonneau à s’en débarrasser) et que plus le pigeon a des problèmes de santé, plus celui-ci va se multiplier.

On va d’abord aider le pigeonneau en traitant ce que l’on peut voir tout de suite à l’analyse de fientes et au frottis de jabot (la coccidiose, les vers et la Trichomonose).

Mais attention, il ne faut traiter que lorsque ces analyses sont positives et ne pas donc traiter cela systématiquement à l’aveugle sous peine d’affaiblir avec des médicaments inutiles un jeune déjà malade. Si cela arrange les choses, tout va bien et on arrête là sinon on applique le second principe qui sera aussi appliqué si il n’y a rien dans les premières analyses : le colibacille vient très souvent comme agent compliquant du Circovirus, on va donc traiter la colibacillose.

Troisième principe : sur le temps que ces premiers traitements seront réalisés, les résultats des recherches en bactériologie (si le colombophile a bien voulu faire réaliser ces analyses) de salmonelles (pour les pigeonniers non vaccinés) et de Streptococcus Bovis seront connus et les pigeons s’ils sont atteints de Paramyxovirose auront développé des symptômes nerveux . On a ainsi les données complètes du problème.

Je vous ai parlé dans le bulletin national de janvier d’une nouvelle maladie donnant des symptômes nerveux due à Sarcocystis et découverte par des scientifiques allemands .
Au moment où j’ai écrit cet article, je ne connaissais pas encore l’hôte définitif .
Je l’ai découvert en lisant un article de mon ami Dr Jean-Pierre Duchatel que je tiens d’ailleurs à féliciter pour son récent doctorat , il s’agit d’un rapace, l’Autour des Palombes qui vit dans les régions boisées d’Europe.

Ceci étant dit, au moment où vous lirez cet article, les internationaux seront là et j’espère que les colombophiles français figureront sur les plus hautes places des différents podiums.
N’oubliez pas non plus les concours de jeunes, il faut habituer la relève aux compétitions.

 


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