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du  Dr Etienne
Schepkens

Effets de la chaleur sur le pigeon.

                               Pertes de chaleur ...

 

Coin du VETO : juin 2005 (n°117)

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Dr Vétérinaire Etienne Schepkens de Bruay la Buissière (62700)

     Le pigeon vole beaucoup mieux par des températures clémentes et les concours les plus importants dans nos régions ont lieu pendant les périodes les plus chaudes.

    Les oiseaux comme les mammifères sont homéothermes et doivent donc maintenir une température corporelle constante. Ils ont néanmoins développé un système de régulation propre de la température interne adapté à leur métabolisme élevé et à leur meilleure capacité à perdre de la chaleur par évaporation. Les plumes et le dépôt de graisse sous cutané procurent à l'oiseau une isolation thermique parfaite lui permettant de lutter contre le froid mais pouvant lui être défavorable par forte chaleur, de plus par rapport aux mammifères, il n'a pas de glandes sudoripares.

     Dans cet article de saison, je vais d'abord vous parler des mécanismes mis en place par le pigeon pour éliminer la chaleur excessive et ensuite en tirer des leçons pratiques dans la manière de gérer son pigeonnier par température élevée.

 

Notion de zone thermo-neutre 

   La température corporelle du pigeon se situe aux environs de 41°C.
La température extérieure influence la production de chaleur métabolique par le pigeon ; en effet à une température trop basse, le pigeon doit consommer de l'énergie et donc produire de la chaleur métabolique .

    Pour maintenir sa température corporelle à une température trop haute, le pigeon doit consommer de l'énergie et donc ainsi produire de la chaleur métabolique pour évacuer l'excès de chaleur en vue de maintenir sa température corporelle.

     Il existe une zone dite de thermo neutralité correspondant à la température ambiante où le pigeon au repos ne doit pas produire de chaleur métabolique pour maintenir sa température corporelle. Elle se situe pour le pigeon entre 25 et 37°C.

 

Pertes de chaleur du pigeon au repos


1) Pertes de chaleur sans évaporation 

      Conduction - l'énergie passe directement à l'extérieur par contact tissulaire 
- Convexion - la chaleur est transportée par les vaisseaux sanguins .
- Radiation

    Perte de chaleur par système vasculaire à contre-courant (RMO) employé lors du vol pour maintenir la T° du cerveau stable.

2) Pertes de chaleur avec évaporation (perte d'eau)

     Pertes de chaleur par évaporation cutanée.
C'est la diffusion directe de l'eau à travers la peau provoquant ainsi une perte de chaleur. Cette perte d'eau est la plus efficace lorsque l'air est chaud et sec. Une chaleur humide ne convient pas à ce type de perte de chaleur. 
La couche de graisse sous-cutanée accumulée durant l'hiver ne favorise pas non plus la diffusion de l'eau vers l'extérieur.

Chez les pigeons acclimatés à des températures élevées, on a découvert que la peau était plus fine et qu'il y avait des modifications cellulaires et circulatoires de la peau du dos et de l'abdomen associées à une modification des lipides cutanés et à un blocage bêta adrénergique, tout ceci ayant pour but une diminution de la résistance cutanée à la perte de chaleur et donc une augmentation des pertes de chaleur par la peau. 
L'état du revêtement cutané influence aussi les possibilités de pertes de chaleur et une peau sèche provenant d'une baisse de l'hydratation due à un problème de santé ou à un manque d'hydratation par baisse de la quantité d'eau bue (ex :médicaments dans l'eau qui donnent un mauvais goût) aura une capacité de perte d'eau moindre.
L'efficacité de la perte d'eau cutanée sera maximale chez un pigeon en parfaite santé et sera une des premières choses à être abandonnée en cas de problèmes. Son avantage est une perte de chaleur très efficace sans affecter l'équilibre acido-basique de l'organisme.

Graphique: Effet de l'exposition à la chaleur de pigeons non acclimatés (Nac) et acclimatés à la chaleur (Hac) sur le débit sanguin cutané (graphe 1) sur la perte de chaleur par évaporation cutanée (graphe 2) 
Extrait d'article de E.Ophir-Y.Arieli-J.Marder-M.Horowitz 
(Journal of Experimental Biology 2002)

     Pertes de chaleur par la respiration.
La tachypnée thermique (halètement) :
C'est l'augmentation de la fréquence respiratoire due à la chaleur, ceci augmentant les pertes d'eau par évaporation (vapeur d'eau dans l'air expiré) et provoquant ainsi une perte de chaleur efficace. Il y a donc une augmentation du volume respiratoire tout en maintenant au départ les échanges gazeux, ceci jusqu'à une certaine limite car avec le temps on constate l'apparition d'hypocapnie et d'acidose.
Ce type de perte de chaleur sera moins efficace et même dangereux si l'arbre respiratoire du pigeon n'est pas intact (infections respiratoires : coryza, ornithose, staphylocoques, streptocoques, trichomonose etc. ...) 

     Le gloussement 
C'est le tremblement rythmique d'une zone très vascularisée appelée Gular Area située sur le plancher postérieur de la cavité buccale à l'entrée de l'œsophage.
C'est une perte de chaleur qui intervient lorsque les autres types de perte ne suffisent plus.
Ce type de perte est efficace (cette zone peut vibrer jusqu'à 600 fois par minute) et sans trop de contraintes pour l'oiseau car c'est une zone qui ne participe pas aux échanges gazeux donc pas de risque d'hypocapnie et d'alcalose et de plus il faut moins d'énergie pour faire trembler cette région que pour faire travailler la cage thoracique.

 

Pertes de chaleur pendant le vol 

 

   Pendant le vol, il y a une augmentation du métabolisme et donc une production de chaleur et par temps chaud le pigeon doit lutter contre une température extérieure élevée et donc aussi perdre de la chaleur.
La température corporelle doit être maintenue dans des limites n'affectant pas la santé, à l'effort elle peut monter jusqu'à 44°C.
Tous les mécanismes de perte de chaleur vus plus haut vont intervenir mais à des températures extérieures dépassant 40°C, les pertes de chaleur ne se feront plus que par évaporation.
Lors du vol, les ailes sont déployées et ainsi les pertes cutanées par convection et par évaporation sont facilitées.

    Nous avons vu que les pertes de chaleur respiratoires par halètement pouvaient provoquer des désordres dans l'équilibre acido-basique du sang, le pigeon bien entraîné abandonnerait la perte de chaleur par essoufflement en faveur d'un système utilisant la déshydratation cellulaire ou un processus osmotique. Ce système provoque une déshydratation mais n'affecterait pas le volume du plasma et maintiendrait l'équilibre acide-base du sang. 
Le maintien d'une température corporelle adéquate est encore plus important au niveau du cerveau que l'animal maintient à une température de 1°c inférieure au reste du corps. Un système complémentaire de régulation de la température du cerveau a été découvert, c'est le système RMO (rete mirabile ophtalmicum), le sang artériel allant au cerveau est refroidi par le sang veineux venant de l'œil, du bec et du tractus respiratoire supérieur (organes refroidis par l'air lors du vol).
Toute cette perte de chaleur lors du vol s'accompagne donc d'une perte importante d'eau excédant la production d'eau métabolique et provoquant une déshydratation que le pigeon va s'efforcer de limiter. 

     Chez les oiseaux acclimatés à des hautes températures, on remarque une plus grande réabsorption de l'eau au niveau du nez, de plus ces pigeons halètent moins vite. Pour diminuer les pertes d'eau lors du vol, le pigeon va augmenter son altitude pour arriver à une température assez froide pour permettre d'augmenter les proportions de pertes de chaleur de manière non évaporative, il va aussi profiter du vent qui refroidit l'air et va rechercher le vent le plus favorable à l'orientation et à la thermorégulation. 
La perte d'eau pendant le vol va essentiellement chez le sujet entraîné se répercuter par une perte de poids.

 

Quelques conseils pour le colombophile 

   
Les changements climatiques terrestres vont nous amener à jouer les pigeons à des températures de plus en plus élevées et le colombophile devra s'adapter et adapter ses pigeons. 
Au niveau du pigeonnier, plus il fait chaud, plus le pigeon doit avoir de place donc pas trop de pigeons ( respecter 1 mètre cube par pigeon), l'aération doit être bonne mais sans courant d'air. La baignade dans un eau propre est très appréciée des pigeons.

    Nous avons vu que la graisse corporelle accumulée pendant l'hiver pouvait empêcher les pertes de chaleur par la peau. Deux possibilités se présentent : soit limiter cette graisse corporelle qui protège le pigeon contre le froid en hiver, soit l'éliminer rapidement avant les premiers concours importants ; les deux possibilités étant compatibles. Pour limiter la quantité de graisse accumulée par le pigeon en hiver, il faut chauffer le pigeonnier, nous avons vu que les pigeons acclimatés à la chaleur ont moins de graisse corporelle et une structure de peau telle qu'elle laisse mieux passer la chaleur, de plus il est prouvé que des œufs soumis à des températures clémentes donnent des pigeons mieux acclimatés à la chaleur. Un pigeonnier chauffé est moins humide et l'on y révèle moins de problèmes respiratoires et moins de parasitisme.

    Des entraînements bien menés vont aussi diminuer la quantité de graisse sous cutanée et on a aussi vu qu'un entraînement était bénéfique au niveau de la thermorégulation en diminuant le halètement. Donc, si vous avez des pigeons qui se posent sur le toit en haletant et en gloussant, si c'est en début de saison, il se peut que ces pigeons soient trop gras ou pas encore assez entraînés, si ceci arrive en saison, soit qu'il fait très chaud et très humide (un thermomètre et un hygromètre ne sont pas des achats inutiles), soit que le pigeon a une pathologie respiratoire.

    Un pigeon doit être bien hydraté en cas de fortes chaleurs donc attention aux pigeons qui boivent peu à cause du mauvais goût donné à l'eau par certains médicaments, en tout cas toujours donner de l'eau claire le jour de l'enlogement et éviter le glucose qui aurait tendance à donner soif. Les électrolytes servent à réhydrater un sujet déshydraté mais ne peuvent en aucun cas agir préventivement, ils sont donc plutôt à donner au retour.

    Il faut éviter de donner au pigeon des produits excitants (caféine, théophylline, glucose, etc ...) avant l'enlogement, ceux-ci ayant pour effet d'énerver le pigeon dans les paniers et de gaspiller son énergie à lutter contre l'excès de chaleur. Plus un pigeon sera habitué au panier, plus il y sera calme et moins il y gaspillera d'énergie.
Je ne reviendrai pas sur le sujet des transports et de la chaleur et l'aération dans les camions. De très bons articles ont été écrits à ce sujet par le Dr Stosskopf et certains convois ont été suivis heure par heure par Joseph De Scheemaecker.

     En ce qui concerne le vol, il est évident que des pigeons mal entraînés ou malades seront obligés de s'arrêter par fortes chaleurs alors que le pigeon entraîné et en bonne santé régulera son équilibre acide-base, diminuera ses pertes d'eau et trouvera la hauteur et le vent favorables.
Il faudra être particulièrement vigilant au retour des pigeons par forte chaleur. Notez bien que l'on peut estimer la perte d'eau du pigeon par sa perte de poids en le pesant avant l'enlogement et à la rentrée.
Il faudra réhydrater le pigeon et là vient l'effet bénéfique des électrolytes. Le glucose à la rentrée donne de bons effets ainsi que les probiotiques pour rééquilibrer la flore intestinale perturbée par le vol. Les pertes d'eau s'accompagnent de pertes de sel donc penser à une possible carence en sodium à rééquilibrer sans abuser.
Des sujets très éprouvés auront parfois besoin de soins individuels avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens, des vitamines et des acides aminés.

 

En conclusion

   Lle pigeon aime la chaleur et peut s'y acclimater facilement à condition d'avoir une bonne santé, un bon pigeonnier et un bon coach.
Je vous souhaite de profiter au maximum de ces journées d'été pour vous faire plaisir avec les pigeons. 

 

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