INFOS
du  Dr Etienne
Schepkens

Symptômes nerveux divers.

                             Diagnostic différentiel !

 

Coin du VETO : décembre 2009 
(B.N. n°135 )

            Retour


Dr Vétérinaire Etienne Schepkens de Bruay la Buissière (62700)

       Le diagnostic exact des maladies donnant des symptômes nerveux chez le pigeon voyageur est difficile à obtenir par manque de consultation lorsque ceux-ci apparaissent.
En effet, la maladie de Newcastle qui donne des symptômes nerveux étant une maladie contagieuse eu égard à la loi, ceci incite le colombophile à cacher ces symptômes de peur de se retrouver mis en quarantaine et de voir son élevage abattu.
    Cet article a pour but de vous montrer qu’il n’y a pas que la paramyxovirose qui donne des symptômes nerveux et de vous faire découvrir une nouvelle maladie qui a fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique vétérinaire en Avril 2009.
Je vais vous citer brièvement les toxiques convulsivants qui donnent des symptômes nerveux pour me concentrer sur les maladies infectieuses.

 Les différents types

 


 Les toxiques pouvant donner des symptômes nerveux les plus souvent rencontrés se trouvent dans la famille des insecticides ( les pyrèthres à forte dose et notamment la permethrine utilisée en antiparasitaire externe à trop forte dose , les organochlorés et organophosphorés utilisés abondamment en agriculture ) , les molluscides et raticides ( strychnine utilisée comme anti-limaces et raticide , crimidine utilisée comme souricide et raticide, métaldéhyde utilisée comme molluscide et combustible allume- barbecue) , les médicaments et notamment le Dimetridazole anti-trichomonas lorsqu’il est utilisé à dose trop importante et les végétaux ( les feuilles et baies rouges d’ifs, le houx , le tuya , certaines espèces de vesces …).

    Trois principales maladies donnent des symptômes nerveux chez le pigeon voyageur , les deux premières vous sont bien connues , ce sont la paramyxovirose ou maladie de Newcastle et le paratyphose , la troisième est une «  nouvelle » , je prendrai la liberté avant qu’elle reçoive un nom officiel de l’appeler la « sarcocystose ».

 

  La paramyxovirose

 

   La paramyxovirose est due à un paramyxovirus ( PMV1) issu d’une mutation d’un paramyxovirus du poulet. Ce virus est très résistant dans le milieu extérieur et largement répandu dans la faune sauvage.
La contagiosité est très importante, la transmission se faisant par des « poussières virulentes ».

  Il existe différentes « souches » du virus classées selon leur pathogénicité, on distinguera des souches « très méchantes » appelées vélogènes , des souches « moins méchantes » appelées mésogènes et des souches «  gentilles » mais attention qui peuvent parfois devenir méchantes , on les appellera lentogènes. Ces souches lentogènes sont à la base de l’élaboration de certains vaccins. 
L’incubation dure de 4 jours à 4 semaines et les symptômes passent par une brève atteinte des voies respiratoires supérieures suivie par une diarrhée très liquide résistant aux divers traitements pour terminer par des symptômes nerveux ( torticolis, convulsions, paralysie des ailes , des pattes , troubles de la vue) .
Ceci est la symptomatologie classique, tous les symptômes ne sont pas toujours présents, certaines colonies présentent uniquement de la diarrhée sans symptômes nerveux, la phase diarrhéique est parfois très brève et l’apparition des symptômes nerveux très rapide , tous les pigeons ne sont pas nécessairement atteints de symptômes nerveux .
Le virus peut tuer les pigeons directement mais c’est le plus souvent les agents compliquants qui sont responsables de la mortalité .La phase diarrhéique est la plus critique car elle provoque une déshydratation importante du pigeon et est souvent compliquée par la bactérie E.Coli qui se multiplie et provoque la mort.

    Certains pigeons qui ont résisté à la maladie présentent une diarrhée constante toute leur vie , ceci serait dû à une nécrose des cellules du pancréas endocrine provoquée par le virus et cette diarrhée serait donc un phénomène de mal digestion – malabsorption .Le pigeon présentant des symptômes nerveux est souvent dans l’incapacité de se nourrir, il est donc nécessaire de le gaver pour qu’il puisse résister à la maladie.
Il est maintenant acquis qu’un pigeon qui a résisté 6 semaines depuis l’apparition des premiers symptômes peut être considéré comme guéri.

    La vaccination est obligatoire. Il est important d’utiliser un vaccin qui a une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour le pigeon de concours, en effet ces vaccins sont élaborés spécifiquement pour les pigeons voyageurs afin de minimiser les effets secondaires et de potentialiser la durée de protection.
Les essais cliniques lors de l’élaboration du vaccin Colombovac PMV par le Professeur H Vindevogel et Ing JP Duchatel montraient qu’une seule injection en primo-vaccination protégeait le pigeon pendant 1 an.
Bien qu’il apparaisse que le virus aurait très peu muté ou en tout cas de manière non significative pour empêcher la protection vaccinale (G.Meulemans, TP Van Den Berg), certains jeunes pigeons vaccinés une seule fois en primo-vaccination présentent des symptômes de la maladie, ceci serait peut-être dû à une immuno-dépression causée par le circovirus. J’ai donc l’habitude de conseiller aux colombophiles de ma clientèle de vacciner deux fois à 3 semaines – 1 mois d’intervalle les pigeons lors de leur primo-vaccination.
Seuls deux vaccins ont une Autorisation de Mise sur le Marché en France pour le pigeon voyageur, il s’agit du Colombovac PMV des laboratoires Fort Dodge et du Nobilis Paramyxo P 201 des laboratoires Intervet. Il n’y a pas de différence entre ces deux vaccins au niveau de la protection vaccinale (l’immunité conférée est de 1 an), la seule différence résidant dans l’excipient aqueux pour le Colombovac PMV et huileux pour le Nobilis Paramyxo P201.

 

  La paratyphose

 

 La Paratyphose du pigeon voyageur est due à une bactérie, Salmonella Typhymurium variété Copenhague. Ce germe est très résistant dans le milieu extérieur, il peut survivre 28 mois dans les fientes de volailles infectées et 9 mois dans la terre du jardin.
Cette bactérie est par contre sensible à la plupart des désinfectants.

    La transmission se fait donc essentiellement par les fientes soit directement par les fientes d’un sujet malade ou porteur sain soit par tout ce qui a pu toucher les fientes , objets souillés , mouches , tiques , rats , souris etc.… 
Ces salmonelles ont un tropisme pour les organes sexuels ; il peut donc y avoir une transmission du germe directement dans l’œuf dans l’utérus ou à travers la coquille une fois que l’œuf est pondu (salmonelles venant des fientes ou de l’utérus).

    Les symptômes varient selon l’âge et l’état immunitaire du pigeon et vont d’une septicémie avec mortalité brutale chez l’embryon et le jeune de quelques jours à une diarrhée aqueuse verdâtre avec déshydratation et mortalité chez le sujet un peu plus âgé.
Les vieux présentent généralement des symptômes chroniques par atteinte des organes sexuels entraînant une stérilité par toujours complète et des articulations provoquant boiteries et mal d’aile. 
Ils peuvent aussi présenter des symptômes nerveux dus selon Vindevogel et Duchatel à des abcès au niveau de l’oreille interne.
Ceci n’empêche pas une multiplication des salmonelles et une mortalité par septicémie se produisant le plus souvent lorsque les besoins sont accrus en mue , lors du gavage ou après un concours difficile.
En effet, un pigeon apparemment cliniquement guéri peut devenir porteur sain.
Avec l’hygiène et les soins actuellement apportés à nos pigeons, la paratyphose bien qu’existante dans la colonie s’exprime de manière quasi asymptomatique et l’on ne constate chez les vieux que des baisses de performances ou parfois quelques sujets présentant stérilité, boiteries, mal d’aile, œufs clairs ou noirs, difficultés de ponte, rétention d’œufs …
La présence d’un seul de ces symptômes doit inquiéter le colombophile qui consultera alors son vétérinaire.

    Les fluoroquinolones donnent de bons résultats dans le traitement mais ne protègent pas à long terme un pigeon en contact constant avec la maladie.
Deux solutions se présentent donc , soit traiter souvent ce qui veut dire utiliser des fluoroquinolones régulièrement dans un élevage avec les conséquences sur la flore intestinale et les risques de provoquer des résistances ( voir la maladie due à Streptococcus Bovis dans articles précédents) soit vacciner .

    Le seul vaccin actuellement disponible avec Autorisation de Mise sur le Marché en France est le Colombovac Paratyphus. Attention, ce vaccin ne protège que contre la paratyphose et ne protège pas contre la paramyxovirose.
C’est un vaccin contenant une souche de salmonelle tuée. Une salmonelle tuée seule provoque peu de réaction immunitaire, le laboratoire a donc été obligé d’ajouter à son vaccin un gros excipient destiné à appeler les cellules inflammatoires au site d’injection .Cet excipient fatigue le pigeon. Il est donc conseillé de ne pas vacciner en période de concours. L’immunité conférée est de 6 mois. En pratique , en clientèle , je fais vacciner contre la paratyphose en novembre , une fois que l’essentiel de la mue est passé et en mars , ce qui ménage un peu de temps de récupération avant la période des concours.

 

 Sarcocystose ?

 

   Une nouvelle maladie avec symptômes nerveux a été décrite par des scientifiques allemands.
Ceux-ci ont examiné 47 pigeons présentant une encéphalite et myosite létales issus de trois élevages présentant au total 244 pigeons.
Les pigeons présentaient diarrhée, torticolis, paralysie et tremblements.
Les recherches de salmonelles et de paramyxovirus se sont révélées négatives, par contre l’examen histopathologique de coupes d’organes de 13 pigeons a révélé la présence d’une méningo encephalite granulomateuse et nécrosante et d’une myosite avec présence de kystes à sarcosporidies. Des kystes ont également été identifiés dans le cœur et les muscles squelettiques.

    Le sarcocystis est un parasite protozoaire caractérisé par la nécessité de 2 hôtes pour élaborer son cycle ; un hôte intermédiaire chez lequel il réalise un cycle dans les muscles et éventuellement dans le système nerveux (on parlera de sarcosporidiose musculaire et nerveuse) et un hôte définitif où il va terminer son cycle et former des ookystes sporulés infestants. Il existe de très nombreuses espèces de sarcocystes exprimées souvent en binômes associant les noms des hôtes intermédiaires et des hôtes définitifs.
Par Ex Sarcocystis Bovihominis (Hôte intermédiaire : le bœuf ; hôte définitif : l’homme) – S Equicanis (Hôte intermédiaire : le cheval ; hôte définitif : le chien.)
En ce qui concerne la maladie qui nous intéresse , il a été décrit une sarcosporidiose chez le pigeon domestique à Sarcocystis Falcatula ayant comme hôte intermédiaire le pigeon et d’autre espèces d’oiseaux d’Amérique du Nord mais étant asymptomatique et ayant comme hôte définitif l’opossum de Virginie.
Après analyse génétique par PCR, il s’est révélé que le sarcocystis découvert en Allemagne chez les pigeons de concours n’était pas S. Falculata mais bien une nouvelle espèce de sarcocystis dont, à ma connaissance, l’hôte définitif (qui ne pourrait être qu’un carnivore ou omnivore proche de ces pigeonniers) n’a pas encore été identifié.

 

  Conclusion

 

 En conclusion, symptômes nerveux ne veut pas nécessairement dire paramyxovirose .
Si tous les pigeons voyageurs (cela veut dire les voyageurs, les reproducteurs et les jeunes deux fois) étaient vaccinés de manière valable (avec des vaccins pour pigeons voyageurs) tous les ans, on n’aurait pas besoin de rechercher le paramyxovirus lors de symptômes nerveux.
Il est beaucoup plus simple de faire une bactériologie pour une recherche de Salmonelles ou éventuellement une histologie pour Sarcocystis.
Une nouvelle maladie grave a été découverte en Allemagne chez le pigeon voyageur, nous espérons qu’elle ne va pas se propager et attendons les résultats de recherches complémentaires.
La bonne nouvelle est que pour pouvoir découvrir la cause de telles maladies, il faut un comité scientifique avec des chercheurs de haut niveau, du matériel et des budgets, cela est donc possible même dans la petite activité qu’est la colombophilie. 
Bravo aux pays colombophiles qui investissent ainsi dans la recherche.

Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2010 et vous donne rendez-vous au Congrès National à Gravelines.

    Bibliographie 

-P Olias , A.D.Gruber, A.O.Heydorn, A.Kohls, H.Mehlhorn, H.M.Hafez and M.Lierz (2009) 
A novel Sarcocystis-associated encephalitis and myositis in racing pigeons. Avian Pathology 38(2) , 121-128
-G. Meulemans*, T. P. van den Berg, M. Decaesstecker and M. Boschmans Evolution of pigeon Newcastle disease virus strains .Avian Pathology (2002) 31, 515– 519 
-Olga Amann1*, Merel J. M. Visschers2, Gerry M. Dorrestein3, Ineke Westerhof1 and
J. T. Lumeij1 Exocrine pancreatic insufficiency in pigeons .Avian Pathology (February 2006) 35(1), 58-/62
-Box E.D, Smith J.H (1982) The intermediate host spectrum in a Sarcocystis species of birds. Journal of Parasitology, 68, 668-673
-Box E.D, Meier J .L, Smith J.E (1984) Description of Sarcocystis falcatula Stiles, 1893, A- parasite of birds and opossums. Journal of parasitology, 31, 521-524.
-Euzeby J Grand dictionnaire illustré de parasitologie médicale et vétérinaire.
-Carrique-Mas J.J, Marin C, Breslin M, Mac Laren I, Davies R (2009). A comparison of the efficacy of cleaning and diinfection methods in eliminating Salmonella spp. From commercial egg laying houses. Avian Pathology 38(5), 419-424.
-J.P Duchatel, P.H Flore, W.Hermann, H Vindevogel, Efficacy of an inactivated aqueous-suspension Newcastle disease virus vaccine against paramyxovirus type 1infection in young pigeons with varying amounts of maternal antibody. Avian Pathology (1992) 21, 321-325
-Khatijah Yusoff* & Wen Siang Tan. Newcastle disease virus: macromolecules and
Opportunities. Avian Pathology (2001) 30, 439– 455 
-H Vindevogel , J.P Duchatel , P.P Pastoret Le pigeon voyageur Ed Point Vétérinaire 

 

Tous les articles  vétérinaires sont sur la page :  Téléchargement

Si vous désirez apporter des précisions, n'hésitez pas !

 

Si vous êtes arrivés sur cette page sans passer par la page de départ qui définit
 les cadres, vous n'avez pas le plan du site sur la gauche. Dans ce cas, cliquez  ICI.

JavaScript Menu of Milonic